Née dans ce qui était encore l’Indochine,  d’un père d’origine française  par son grand-père venu d’Alsace et d’une mère française de nationalité , mais d’origine chinoise par son arrière grand-père venu de Canton , Irène GEORGES est arrivée sur le sol de France à l’âge de presque cinq ans… Ne parlant  que le vietnamien qu’elle allait vite oublier,  à son grand regret aujourd’hui.

En effet, désirant que leurs enfants, une fratrie de cinq à cette époque  (quatre garçons, une seule fille), s’intègrent au plus vite dans la société qui allait devenir la leur, ses parents ne leur parlèrent plus qu’en français, langue qu’eux-mêmes  maîtrisaient parfaitement.

Doit-elle regretter cette décision qui lui permit toutefois ainsi qu’à ses frères de se sentir rapidement intégrés, de faire de bonnes études… ?  Mais qui la coupèrent d’une façon certaine de cette culture maternelle qu’ aujourd’hui  elle ressent comme un immense manque , et dont elle essaie de faire ressurgir les réminiscences conscientes ou inconscientes dans beaucoup de ses tableaux.

En intégrant L’École Normale de filles de Montpellier à quatorze ans, Irène Georges se destine à devenir institutrice, une belle revanche pour sa mère qui avait dû abandonner l’école à douze ans , malgré son désir d’apprendre ;  «  une fille n’ayant aucun besoin d’être instruite  » comme il était de coutumealors, et comme le disait sa propre mère..

Mais son « coup de crayon » est remarqué par son professeur de dessin, et ses bons résultats lui permettant d’obtenir une bourse d’études supérieures, elle est proposée pour tenter le concours d’entrée au Centre de préparation au Professorat de Dessin, au Lycée Claude Bernard, à Paris.

Chose faite en 1969.  Professeur de Dessin en 1973, puis Professeur d’Arts Plastiques à son retour en France après une parenthèse en Grande Bretagne et deux enfants, elle est nommée au Collège de La Monnerie-Le-Montel en 1984.

Depuis une quinzaine d’années, elle s’est remise à la création picturale, (activité qu’elle avait mise en suspens à la fin de ses études, afin de pouvoir se consacrer à sa profession et à ses enfants ), en adhérant à « l’Atelier Jean Forestier » de Thiers ,  remplacé par « l’Atelier » depuis, et dont elle a assuré la présidence pendant 6 ans.

Cette adhésion lui a permis de nouer des amitiés, de faire des échanges enrichissants, de rencontrer des artistes locaux et ainsi de progresser dans un art qui lui est devenu aujourd’hui indispensable.

 

PETITES RÉFLEXIONS PERSONNELLES

 

«  Le but de l’Art est de figurer le sens caché des choses et non point leur apparence, car dans cette vérité profonde est leur vraie réalité qui n’apparaît pas dans leur contour extérieur . »

On pourrait croire cette phrase d’un artiste du XXème siècle, elle fut écrite par Aristote, trois siècles  avant notre ère… !

Mais qu’il est donc difficile déjà de trouver « le sens caché des choses », sans parler d’essayer de le «  figurer » !  Car lorsqu’une personne s’essaye à l’Art,  la première chose qu’elle produit est bien une reproduction de l’aspect extérieur des choses qui l’entourent…!   Et quelle fierté lorsque c’est ressemblant !!!!

«  Suis-je sur le bon chemin ? »  est la question que je me pose souvent lorsque je peints…  Cette attirance pour le monde des « choses »  est-elle légitime ? Cette relative facilité pour en rendre l’apparence doit-elle être refoulée ? …

Mais il faut avancer sur le chemin avant de savoir si c’est le bon…

Et en attendant,  je m’abandonne à ma fascination pour la multiplicité des « choses » et  à leur interaction ,  pour la simultanéité  et la variété des évènements,  pour la fragmentation des moments,  pour la fusion inéluctable entre les générations , pour les strates de personnes et  d’évènements qui font la grande et la petite histoire, mon histoire .  Le Vietnam m’habite, puisque j’habite en France…

Et c’est peut-être ce qui explique les diptyques, triptyques et autres images multiples,  les palimpsestes et les mots vietnamiens, les collages recouverts de peinture qui recouvrent eux-mêmes des images peintes….  Où est la « vraie réalité » d’Aristote ?

 

 

Il me faut avancer sur le chemin….

 

Irène